Alors que les sommets enneigés avaient sommé le mercure de rester dans le bas du tube du thermomètre, tandis que tout commandait de rester au lit, nous fûmes une vingtaine à braver les
conditions pour tenter une sortie.
Notre sortie fut forcément marquée par les pentes et les côtes en ce lundi presqu'homonyme.
La vallée fut vite traversée pour aller nous présenter pleins d'allant au pied de la difficulté du jour : la montée des marches jusqu'à la Croisette depuis Collonges-sous-Salève.
Outre celui que n'a pas manqué de faire Jean-Claude Vicet, voici le film de ma montée.
Très vite, la route pourtant déjà verticale
se redressait encore, obligeant à des efforts dépassant le possible. J'ai plusieurs fois tenté de passer des vitesses imaginaires et un quatrième plateau, constatant avec dépit qu'ils n'étaient
que le fruit de mon imagination asphyxiée par le manque d'oxygène et la fabrication industrielle d'acide lactique. En vain.
Mon GPS installé sur le vélo m'alerta plusieurs fois croyant, du haut de la stratosphère et des satellites qui veillent sur ma progression, que je m'étais arrêté. Nullement. J'avais simplement
réduit ma vitesse et je pédalais "carré" à la limite de la chute. Un tournage bien peu efficace.
C'est dans la côte que s'écrit la forme de chacun. Heure de vérité personnelle. Scénario individuel où le cycliste redevient Homme et se fait face sans maquillage, sans artifices ni effets
spéciaux. Un huis clos avec soi-même. Un dialogue intérieur sur le sens de la vie : qu'est-ce que tu fous là ? Les autres sont loin devant. Tu aurais dû rester couché ou au moins partir avec un
groupe de ton niveau. De toutes façon, c'est devenu trop dur pour toi. Tu n'es plus dans le coup. Admets-le et passe à autre chose. La moto par exemple. C'est plus cool, plus rapide et tu
pourrais te servir des parcours vélo. Bref, c'était dur.
Il n'était pas question de faire du cinéma, même si la perspective de rejoindre la Croisette nécessitait un festival de bonnes cannes. Les miennes étaient ralenties par peu d'entraînement et une
consommation hivernale trop généreuse de plein de bonnes choses ayant entraîné une surcharge pondérale nuisible à l'élévation rapide sur les pentes à fort pourcentage.
Loin des stars qui firent l'ascension en tête, je ne fis que de la figuration. Je ne fus bénéficiaire d'aucune palme. Encore que le ciel menaçant aurait pu en légitimer l'utilisation.
Descente (comme s'il n'y avait eu que de la descente; même pas vrai) sur Arbusigny, Evires, puis les Fleuries, puis St Sixt et retour à la maison.
Ouf.
Première grosse sortie (108 km).
Retour à l'entraînement. Pas de secret : pour être bien, il faut des km.
À la Croisette, j'ai fait un bout d'essai...
Encore une après-midi à passer à dormir pour récupérer, une nuit à crampes et des courbatures pendant deux jours.
Sauf que moi, j'aime ça, le vélo. Et que dimanche prochain, je compte bien recommencer.
Si je peux suivre !
Bonne semaine aux cyclistes de tout poil (avec ou sans)."