AOÛT 2019, TOURS , assis sur un banc des quais du commerce le long de la Loire, Honoré de Balzac m'épie; m’accordera-t-il la plume, me laissera-t-il la prétention de relater quelque triviale connerie avec l'espoir d'en faire marrer le plus grand nombre ? Catherine de Rochefort sourit c'est son Repos du guerrier, Tom Wolfe balance des coups de pompe dans les poubelles, des coups de boules dans les réverbères, l'Etoffe des héros, ce n'est pas pour demain et encore moins pour aujourd'hui.
La saison 2019 avait pourtant bien commencé, nous avons pu rouler dès le premier week-end du mois de mars sous une météo clémente. Hélas, Saint-Eloi, le patron des automobilistes, n'est pas celui des cyclistes. Sans hésitation et rapidement, il a vite choisi son camp. Sur les hauteurs de Cornier et sur une route sans envergure menant je ne sais où, nous étions comme à chaque début de saison une bonne vingtaine de participants. Et sur ces routes perfides où l'on croit tous rouler en parfaite sécurité, à l'approche d'un virage largement ouvert et avec une très bonne visibilité, une hasardeuse automobiliste entreprit de nous dépasser bien qu'une autre auto vienne en sens inverse, cette idiote s'apercevant trop tard de son erreur, d'instinct, son vil réflexe fut de serrer à droite, ce qui provoqua une belle cacophonie, un sacré bordel dans le groupe et comble de flétrissure, le meilleur d'entre nous chuta, il fut sévèrement blessé à la main et ne put remonter sur son vélo. Il fut promptement emmené au centre hospitalier le plus proche par deux sympathique nénettes qui se baladaient dans le coin. Dans quels draps est-il tombé ? Depuis, nous l'avons plus jamais revu, sont-ce deux cougars qui l'ont séquestré et torturé sous des mains expertes ? Olivier, reviens vite, ne succombe pas aux plaisirs salaces de la chair, ne te vautre pas dans la luxure.
Les week-ends suivants furent décevants, la météo exécrable, l'hiver ne voulait pas décrocher, il résistait, il tenait fermement sa position, ne lâchait rien, moult sorties furent avortées à cause de la pluie et même la neige lors de la Balade de l'Espoir à Annecy. Il a fallu attendre fin avril pour rouler sereinement sans tracas.

Début juin, ce fut l'innommable ascension du col de Pierre Carrée lors de la canicule de cet été. Le soleil avait totalement perdu les pédales, jamais il n'était monté aussi haut, il nous mordait la nuque avec ses crocs, nous lacérait les avant-bras à l'opinel, puis au sommet changement brutal de décor, le ciel s'assombrit, les éclairs défiguraient les montagnes environnantes, un orage dans toute sa beauté, magnifique. Salvateur ? pas vraiment mais rafraîchissant. La descente sous les rafales de vent et les trombes d'eau fut ce que l'on a fait de mieux au club. Nous sommes tous rentrés sains et saufs à Marignier. Rebelote le dimanche suivant après le col du Pré et le Cormet de Roselend, dans la foulée, on se farcit le col des Saisies par des températures frôlant le déraisonnable. La belle Natacha, malgré son passé de marathonienne, a bien failli y laisser sa peau, elle posa son vélo et préféra se reposer à l'ombre d'un chêne. Arrivé à la station de ski des Saisies, le beau François était tracassé, on le voyait bien puis brusquement il s'est empressé de lui porter secours. Tout va bien! On les a revus quelque temps après avec le sourire et en meilleure forme, bizarre !

Le BRA, on l'attendait depuis longtemps, certains s’impatientaient d'en découdre, de se mesurer face à ces géants des Alpes. Pour d'autres, plus timorés, cela ressemblait plutôt à : « Dans quel traquenard me suis-je encore vautré ? » Mais le BRA, faut pas s'en faire une montagne, la mystification tombée, on s’aperçoit qu'il n'est qu'une étape menant vers d'autres ascensions plus ardues. Ce même week-end, au pied du col de la Croix de Fer, j'entends un compagnon de route me dire « Vas-y Robert, profites-en, fais-toi plaisir,fais du dénivelé (sic).
Quelle ineptie, tout individu normalement constitué ne ressent pas de plaisir en gravissant un col, ni avant et encore moins pendant, ce n'est pas un escalier menant sur le pucier dans une piaule d'une maison clandestine. Le plaisir intervient quelque temps plus tard lors de la phase de récupération. On retrouve la paix avec soi-même, on éprouve de la joie d'avoir enfin réussi ce col ou cet enchaînement de cols réputés difficiles, malgré cette félicité méritée, quelquefois se cache un soupçon de mesquinerie dans nos satisfactions.
Les congés d'été vont rapidement se terminer et l'on se retrouvera dès septembre sur le parvis de la gare de Marignier pour d'autres aventures cyclocratiques.