Il fallait y croire ce matin pour braver les prévisions apocalyptiques de Météo Chamonix et défier le ciel bas et peu engageant qui laissait augurer une pluie imminente. C'est donc une vingtaine de forcenés du vélo qui se sont retrouvés pleins d'espoir de passer entre les gouttes et chargés de vêtements de pluie. Ils eurent raison. Plutôt que de tourner en rond devant leur fenêtre en regrettant de ne pas y avoir été, ils ont forcé le destin et réussi leur matinée.
En quelques coups de pédales, ils furent à Bonne. Comme
d'habitude, quelques errements sur le parcours, la route à suivre, agrémentèrent la balade. Sans l'intervention décisive du GPS de l'ex Président, nous serions probablement encore perdus à cette
heure. Et puis ce fut la fameuse montée de Montauban. Dure, longue, au revêtement exécrable, gravillonneuse, pentue, bref, aussi redoutée que détestable. Ah, les joies du Sud Ouest ! Comme à son
habitude, Jean-Claude Vicet grimpa au ralenti, mais rapidement. Pas en souplesse mais en efficacité malgré son casque Scott qui remplace sa casquette Michelin vintage. Jean-Claude a une théorie
fumeuse sur l'influence négative du casque sur sa pointe de vitesse en montagne liée à l'excès de sudation occipitale.
Redescente sur Fillinges à la recherche d'une fontaine car le début de saison se fait à un seul bidon alors que la chaleur croissante avait pour effet de nous faire vider nos gourdes. Tant pis, il faudra attendre le bassin de la Tour. Alors que l'un d'entre nous (un grand super sympa qui chante de temps en temps) était lancé à pleine allure, sa chambre à air explosa sans doute sous l'échauffement provoqué par sa vitesse. Arrêt général. Qu'il est dur alors d'effectuer un dépannage sous le regard de 10 collègues qui y vont chacun de leur remarque sur la mauvaise façon dont on s'y prend pour enlever la roue, enlever le pneu, sortir la pompe, la chambre, la remettre. Un expert casqué de Scott dont je tairai le nom, déclara que le pneu était dangereusement affecté. Par la magie des situations de péril extrême, un bon samaritain qui s'était arrêté en voiture au cédez le passage voisin vit la pitoyable destinée qui condamnait le cycliste en panne à rentrer à pied. Il sortit de son véhicule et courut chez lui chercher un pneu Michelin Pro Race d'occasion pour permettre à l'aventure de continuer. Regonflage avec la pompe de la poupée Barbie. Espèces de jésuites, on a tous la même, la plus petite et la plus légère possible et tout le monde se moque quand l'un de nous sort la sienne.
Simone percuta une cartouche pour favoriser un regonflage
express. Mais elle apprit pour l'avenir que l'embout se met sur la valve avant de visser la cartouche. Les opérations exécutées dans l'ordre inverse ne conduisent hélas qu'à un risque d'engelures
des doigts brutalement cryogénés. Béatrice, cycliste amie rencontrée en cours de route et attentive à rester avec ce groupe bien sympathique déclara : j'étais juste derrière lui, je suçais sa
roue et PAF ! il a explosé. Chère Béatrice, c'est le type de risque qu'on court dans ce type de situation. Certains même prétendirent que le risque est encore plus grand si on met une dent de
plus. A ne recommander que du bout des lèvres. A force d'expertises, il fut admis que le pneu était finalement récupérable. Notre infortuné collègue enfila son pneu comme il se devait de le faire
à une époque où les coureurs n'étaient pas dépannés. Séquence Jean-Paul Olivier. Le reste fut moins chaud. Plus commun. Retour par Mieussy, Taninges et vieille route de Chatillon.
Ce dimanche, il fallait croire dans la capacité du temps à nous laisser passer. J'ai de la peine quand je pense que d'aucuns à Météo Chamonix doivent, en ce moment même, probablement rédiger leur lettre de démission. Les bourrasques violentes de foehn et les averses, ce sera pour une prochaine fois.